Dans le métier, on valorise souvent celles et ceux qui « tiennent le coup ».
Celles et ceux qui ne flanchent pas, qui repoussent leurs limites, qui font “un dernier effort” parce que la journée n’est pas finie.
Pendant longtemps, Marie‑Eve, pharmacienne propriétaire affiliée à Proxim a pensé que c’était ça, être une bonne pharmacienne.
Arriver avant tout le monde, partir après tout le monde, combler les trous… jusqu’à comprendre que cette façon de travailler finit toujours par nous rattraper.
Le moment où tout bascule
Il y a eu un jour — une claque, comme elle dit — où elle s’est demandé :
« Est‑ce que je veux vraiment continuer comme ça ? »
Pas en théorie : dans la vraie vie.
Avec une famille, une équipe, une pharmacie qui tourne vite, très vite.
Ce moment-là ne ressemble jamais à une résolution héroïque.
C’est souvent un mélange de fatigue, de lucidité, et d’une petite voix qui dit :
« Si je continue à tout porter, je vais finir par m’effondrer. »
Déléguer pour respirer
Ce qui a changé sa pratique, ce n’est pas un grand plan stratégique.
C’est d’avoir accepté que déléguer n’était pas un aveu de faiblesse — mais un outil de survie professionnelle.
Confier des tâches, laisser l’équipe prendre de la place, accepter que quelqu’un fasse différemment…
C’est ça qui lui a permis de passer d’une pharmacienne qui “répare tout” à une propriétaire qui construit quelque chose de durable.
Et elle le dit très simplement :
si on reprend tout, personne n’apprend — et on s’épuise.
Reconnaître, c’est aussi voir la personne au complet
Pour Marie‑Eve, reconnaître quelqu’un, ce n’est pas un “merci” lancé entre deux prescriptions, encore moins une carte signée en mars, lors du mois de la reconnaissance en pharmacie.
C’est voir sa vie autour, ses forces, ses limites, ses angles morts.
C’est ajuster un horaire pour un enfant malade.
C’est offrir un soutien concret quand quelqu’un est à bout.
C’est se rappeler qu’un geste simple peut alléger une semaine entière. Ce n’est pas de la “gestion humaine”. C’est juste de la vie.
Dire non : un acte de leadership
Dire non à la micro‑gestion.
Dire non à la pression d’être partout.
Dire non à l’idée qu’un bon propriétaire doit tout porter.
Pour tous, c’est un message précieux : On n’a pas à tout accepter pour prouver notre valeur. On a le droit d’apprendre, d’ajuster, et de dire stop avant d’être au bout du rouleau.
Ce qu’elle dirait à la relève
Si elle devait parler à un·e jeune pharmacien·ne qui veut trop bien faire, ce serait peut‑être quelque chose comme :
« Tu n’as rien à gagner à t’épuiser.
Tu as tout à gagner à t’entourer, à demander, à partager.
Là où on se rejoint vraiment, c’est là où on avance ensemble. »