Pendant ses études, Vincent Boulet savait une chose : il voulait devenir pharmacien communautaire. Pour le reste, son parcours était loin d’être tracé.
Il a travaillé dans différents milieux, notamment à l’hôpital et dans des pharmacies de tailles différentes. La propriété l’intéressait, sans être un projet immédiat. En 2010, une occasion s’est présentée et il est devenu propriétaire de sa première pharmacie, dans une communauté à laquelle sa famille était déjà bien attachée.
Avec le temps, il a surtout découvert ce que cette autonomie lui permettait de faire : développer une pratique cohérente avec sa vision de la profession et avec les besoins de sa communauté.
Quand tes valeurs deviennent des décisions
Pour Vincent, être propriétaire donne une liberté qui dépasse la gestion d’une entreprise. C’est la possibilité de faire des choix en fonction de la pratique que l’on souhaite construire.
Quels services développer? Dans quoi investir? Comment organiser le travail? Quelle place donner au jugement clinique? Comment prendre soin de l’équipe?
Ce sont des décisions très concrètes, mais elles finissent par raconter quelque chose de la vision du propriétaire.
« Comme propriétaire, on devient le gardien de la culture que l’on crée. »
Et ce n’est pas seulement afficher des valeurs. C’est devoir les appliquer, y compris lorsque les décisions sont moins évidentes.
La façon de réagir lorsqu’une personne fait une erreur. L’importance accordée aux horaires et à la qualité de vie de l’équipe. La place laissée aux idées nouvelles. Les investissements que l’on choisit de faire, même lorsqu’ils ne promettent pas un retour immédiat.
Autrement dit, les valeurs finissent par se retrouver dans des choses très ordinaires. Parfois même dans un horaire.
Faire un choix parce qu’il répond à un vrai besoin
Vincent donne l’exemple de la vaccination dans sa pharmacie. Dans une petite communauté, offrir ce service permet à des patient·es d’avoir accès à des soins sans devoir parcourir une plus grande distance. Ce n’est pas nécessairement le service le plus rentable à court terme. Mais il répond à une réalité bien concrète de sa communauté.
C’est là que la propriété prend pour lui tout son sens : pouvoir se demander non seulement « Est-ce que c’est rentable? », mais aussi « Est-ce que c’est pertinent pour les gens que je sers? »
Les deux questions ne s’opposent pas toujours. Mais lorsqu’elles ne donnent pas la même réponse, il faut pouvoir décider ce qui compte pour soi.
Et c’est probablement une des choses que Vincent aurait aimé mieux comprendre plus tôt : avant de savoir quelle pharmacie on veut gérer, il faut d’abord savoir quelle pratique on veut construire.
Plusieurs milieux pour trouver le sien
C’est une expérience qu’il encourage la relève à vivre avant de penser à la propriété. Pour Vincent, travailler dans différents environnements permet de mieux comprendre les réalités de la profession, mais surtout de développer sa propre vision.
Certaines façons de faire nous rejoignent. D’autres moins. Certaines pratiques donnent envie d’aller plus loin, d’autres font réfléchir à ce qu’on voudrait changer.
C’est pourquoi il ne conseille pas aux étudiant·es de décider trop rapidement s’ils veulent, ou non, devenir propriétaires. Explorer différents milieux lui semble beaucoup plus utile. En passant d’un milieu à l’autre, on finit par remarquer ce qui nous rejoint. Mais aussi ce qui nous dérange.
Et ces observations-là peuvent être précieuses. Tu n’es pas obligé·e d’avoir la réponse maintenant. Mais tu peux déjà commencer à la chercher.
Une culture qui continue d’évoluer
Après plusieurs années comme seul propriétaire, Vincent a aussi découvert la valeur de s’entourer. Son expérience avec une associée lui a permis de mesurer ce qu’une autre expertise et une autre façon de voir peuvent apporter à une pratique.
C’est dans cette même perspective qu’il souhaite aujourd’hui accueillir un·e pharmacien·ne salarié·e dans sa pharmacie. Il cherche une personne qui pourra contribuer à la pratique, apporter ses idées et participer aux projets de l’équipe. Une association pourrait éventuellement faire partie de la suite.
Parce qu’une culture n’est jamais complètement figée. Elle se construit avec les personnes qui la font vivre.
Pour Vincent, la propriété lui a donné la liberté de traduire ses convictions dans sa pratique. Mais son parcours montre aussi que cette vision ne se construit pas en vase clos : elle évolue avec les expériences, les rencontres et les personnes qui choisissent de s’y joindre.
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